ISHVARA PRANIDANA

A mes maîtres de yoga

André et Denise Van Lysebeth
1969-1972
HATHA YOGA

T.K. Sribhashyam
1972-1976 
ASHTANGA YOGA 


Mata Amritanandamayi
 1997-2007
BHAKTI YOGA


PRANA AYAMA


Prana-ayama : "aller vers Prana". 
Cette définition de T.K. Sribashyam  me fut donnée par lui-même oralement en cours particuliers à Nice  dans les années 70.
A mon sens, c'est T. K. Sribhashyam lui-même qui expliquera le mieux cela dans son beau livre paru en 2018.
En règle générale, le Pranayamas  est défini comme une prolongation d'inspiration et d'expiration. Or, dans la pensée indienne, d'où vient le concept de pranayama, le mot Pranayama a un sens plus profond qui va au-delà d'un simple mouvement respiratoire.
Prana est un terme [...] pour désigner le Créateur [...] (qui)  utilise une force pour créer l'univers et donner vie à chaque être créé. Cette force est appelée Prana.
Pour être uni au Créateur, il est indispensable de le mettre en évidence constamment. Le moyen pour y parvenir est appelé Pranayama
Ayama dans le le sens de s'étendre vers le Créateur, et Prana , celle qui est étendue.
Le fait est que Prana ainsi étendu  amène l'âme de l individu (Atma). Ainsi l'Atma s'unit au Créateur.
Ce moyen est appelé aussi Prana Agni Hotra, Vayu-gopa ou bien Pranayama
(T.K Sribashyam, Emergence du Yoga - origine et développement de l 'enseignement du Yoga, pages 242-243, Editions Yogakshemam,  2018)

"Ishvara pranidhana"
Je me prosterne devant Ishvara, le Maître originel  des premiers Instructeurs - que ne touchent ni les facteurs de douleurs, ni les actions, ni leur maturation ni les dépôts d'action.
Le germe de l'omniscience n'est pas dépassable en lui.
Il est un maître même pour les premiers sages car il est libre du temps.
Son nom c'est la syllabe bourdonnante

Patanjali, Le Yoga Sutra, I. 23-26, trad. M. Angot 




ISHVARA 

Le Yoga Sutra de Patanjali le mentionne dans le premier Pada et le second Pada :
Samadhipada : I.23, I.24 , I. 25
Sadhanapada : II.1, II.32, II.45
Les traductions, les gloses, les interprétations et les pratiques sont extrêmement variées et parfois en contradiction les unes avec les autres.
Essai de définition :
Considéré comme un Purusha spécifique que ne touchent ni les facteurs de douleur, ni les actions, ni leur maturation ni les dépôts [d'actions] et en qui le germe de l'omniscience est indépassable ; inconditionné par le Temps, Ishvara est le Maître des premiers instructeurs et il aurait comme désignateur la syllabe AUM.
Suite à la dévotion envers Ishvara, le samadhi est proche.
Voilà ce qui laisserait sérieusement à penser que le Yoga de Patanjali était théiste voire à supposer qu'il y aurait eu plus anciennement un Samkhya théiste. Ishvara dans ces perspectives est alors traduit comme Dieu ou Seigneur.
Mais de quel Dieu ou Seigneur s'agirait- t- il?
Ishvara est Prana comme défini précédemment.

J' aurais tendance à identifier Ishvara au Purusha premier spécifique qui "inspira" le Sage Kapila, le fondateur "mythique" du Traité du Samkhya originel àla base  du  Yoga Sutra de Patanjali..
Le sage [Kapila] impartit cette [doctrine] purifiante, suprême, à Asuri par compassion (Samkhyakarika, verset 70).
Glose de Vyasa, le commentateur le plus ancien du Yoga Sutra de Patanjali.:
S'étant par compassion dôté d'un esprit créé [Kapila] le Premier Connaisseur, le Bienheureux, le Suprême Voyant proclama le traité (le Samkhya originel) à Asuri qui avait le désir de la connaître.
Michel Angot commente cette interprétation en écrivant que l' auteur des sutra (Patanjali) et (son premier commentateur connu ) Vyasa semblent penser qu' Ishvara est le 'soi' de Kapila et que Kapila est l'incarnation de Dieu [...] Il est en effet possible que Ishvara ait été originellement le nom donné au 'purusa' de Kapila. Samkara le yogin et Vacaspati identifient le premier connaisseur comme Kapila. Vacaspati [...] fait de Kapila un 'avastara' de Vishnu


ISHVARI

Mes propres pratiques me conduisent aujourd'hui à valider cette lecture de Vacaspati dans Tattvavaisaradi sur YS I.25 (le sutra 25 du premier Pada de Patanjali) - à condition de percevoir Vishnu (parfois aussi identifié à Narayana) comme Ananta : Vishnu (endormi) est (souvent]) représenté à proximité d’un énorme cobra polycéphale, dont chacune des têtes est pourvue d’un capuchon déployé. C’est le serpent Shesha, dont le nom signifie "Reste". Il est appelé aussi Ananta, "Sans fin". Ce serpent symbolise la réserve d’être qui demeure une fois que les mondes avec leurs habitants ont été formés, extraits des eaux cosmiques primordiales. À ce titre il est aussi le point d’appui, la base sur laquelle repose le cosmos, ou la terre, qu’il soutient et entoure de ses anneaux innombrables (BnF Le Serpent Reste).

T. K Sribashyam lui écrit merveilleusment que : Dans la mythologie indienne, au moment de la Création, Visnu, reposant sur les trois anneaux d'Ananta est appelé "le Yogi". C 'est lui que les Indiens vénèrent comme "le Grand Yogi". Ainsi, la coutume veut que tous ceux  qui se livrent à la méditation évoquent Ananta, "le Grand Serpent" [...] " (T. K Sribashyam, Emergence du Yoga, p. 28).

En outre, dans le Samadhipada de Patanjali , le désignateur d'Ishvara sur laquelle doit se concentrer le Sadhaka dans Prakriti est littéralement non AUM mais littéralement  la syllabe bourdonnante.  C' est aussi l'ultime forme sonore, celle dite des "abeilles bourdonnantes" que prend le Nada "le son non frappé", dans la Hatha Yoga Pradipika quand Ishvari, la Souveraine des Serpents, finit de percer le troisième et dernier Noeud : alors le yogi est semblable à Ishvara.

De plus, dans le Sadhanapada du Yoga Sutra , l'invite de Patanjali est de fondre le Mental en Ananta défini comme le "Sans Fin" - traduit aussi par "infni", "éternel", Reste ou Résidu.

J'y perçois Shesha, aussi appelé Résidu ou Reste, le Serpent qui supporte toute la Création et gît, endormi, gardant la porte d'entrée de la Sushumna.